Montesquieu : homme qui marqua le siècle des Lumières par sa philosophie

Un travail de présentation de Montesquieu et de l’influence que le subtil écrivain philosophe eut sur son temps, à savoir le Siècle des Lumières, et même au-delà, peut s’avérer particulièrement âpre. Montesquieu est-il le dernier philosophe classique, l’inventeur du libéralisme moderne comme on a voulu le faire croire au 19e siècle ? Ou bien, selon le mot de Louis Althusser, le seigneur cosmopolite aux « trois cents cinquante ans de noblesse prouvée » est-il un « opposant de droite à la monarchie absolue » ?

 

Montesquieu et le siècle des Lumières

Et déjà au siècle des Lumières la question taraudait Voltaire qui l’accusait de « composer avec les préjugés », tandis que l’Encyclopédie, oeuvre philosophique s’il en est, lui faisait de larges emprunts. Force est de constater qu’à travers son oeuvre maîtresse, l’Esprit des lois qui fut publié en 1748, Montesquieu a au même titre que John Locke posé les jalons des systèmes d’organisation politique de nos sociétés contemporaines en forgeant le concept de « séparation des pouvoirs ». Revenons sur le parcours et la pensée de celui auquel Raymond Aron confère le titre de premier des sociologues. C’est le 18 janvier 1689 que Charles-Louis de Secondat voit le jour au château de la Brède, près de Bordeaux. De 1700 à 1705, il fait ses études secondaires à Juilly chez les Oratoriens avant de se consacrer à des études de droit à Bordeaux puis à Paris. Reçu conseiller au Parlement de Bordeaux en 1814, il se marie avec Jeanne de Lartigue l’année suivante. Puis il est élu à l’Académie des sciences de Bordeaux : il hérite de son oncle la charge de président à mortier, tous ses biens et le nom de Montesquieu.

Montesquieu : Vie et publications

En 1721, Montesquieu publie anonymement depuis Amsterdam son premier ouvrage qui va connaître immédiatement un succès considérable : les Lettres persanes. À travers ce roman épistolaire, un seigneur persan en voyage en Europe fait montre d’un émerveillement sans faille devant la société française. En réalité, Montesquieu use d’une savoureuse ironie pour livrer une peinture au vitriol de la société française de l’époque. La biographie de Montesquieu connaît un tournant en 1725 quand il vend sa charge de président pour retourner à Paris.

Élu à l’Académie française en 1728, il voyage pendant plusieurs années et séjourne un long moment en Angleterre, où il découvre d’une part un État qui a pour objet propre la liberté politique, d’autre part le fait et l’idée de la représentation politique. En 1731, il retourne au château de la Brède pour se consacrer à la composition de son oeuvre ultime de philosophie politique, l’Esprit des lois, laquelle sera éditée en 1748 depuis Genève sans nom d’auteur. Montesquieu essaie dans cet ouvrage de dégager, derrière la suite apparemment accidentelle des évènements, les causes profondes qui déterminent l’histoire. La préface exprime clairement cette idée essentielle : « J’ai d’abord examiné les hommes, et j’ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de moeurs, ils n’étaient pas uniquement conduits par leur fantaisie ». En cela, il mérite le titre de premier sociologue pour avoir réinterprété la pensée politique classique dans une conception globale de la société.

 

Néanmoins, Raymond Aron dans les Étapes de la pensée sociologique vient nuancer cette idée en condamnant l’absence de croyance en l’idée de progrès chez Montesquieu (laquelle lui vaudra l’inimitié intellectuelle de Condorcet). Impossible de conclure sur Montesquieu sans évoquer ses prises de position contre l’esclavagisme, notamment au travers de son célèbre texte à l’ironie grinçante De l’esclavage des nègres (De l’Esprit des lois). Le 10 février 1755, Montesquieu meurt à Paris. Sa théorie selon laquelle un État est libre quand le pouvoir arrête le pouvoir a depuis fait florès. Une dernière citation de Montesquieu, utilisée par Jack London en 1902 dans le Peuple d’en bas, nous apparaît aujourd’hui toujours des plus pertinentes : « Si plusieurs tailleurs travaillent à l’habit d’un seul homme, beaucoup d’autres n’auront pas de quoi se vêtir ».

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